Thierno Ndiaye Doss – Le Baobab du cinéma sénégalais, L’Éternel Guelwaar 

Décès du comédien Thierno Ndiaye Doss Guelwaar est parti rejoindre Sembène

 

Ce fut un long compagnonnage avec le réalisateur Ousmane Sembène. Depuis les années 70, le comédien Thierno Ndiaye Doss, au fil des films de Sembène, tricotait sa toge d’acteur au cinéma avec pour couronnement le rôle de Pierre Henri Thioune dans Guelwaar qui l’a immortalisé. Ndiaye Doss était devenu tout simplement Guelwaar.

Thierno Ndiaye Doss avait la voix claire. Une voix qui sonnait comme un clairon au moment du rassemblement. C’est avec la même voix, quand Ouagadougou (Burkina Faso) rendait hommage à Ousmane Sembène, qu’il avait déclamé, les larmes aux yeux, ces quelques vers pour saluer la mémoire du réalisateur de Guelwaar. Il disait : « La mort nous attend tous au tournant. / Sembène retourne dans le royaume d’où tu viens / …/ Retourne dans la sève de la vie/ Chante les louanges des tiens qui te retrouveront bientôt / Pars, oh ! Ousmane / Pars et ne retourne plus jamais / Sembène, dort en paix / Iniogal rafoyé / Sembène tu es un lion. »

Pour lui Sembène était plus qu’un réalisateur. Il était un ami avec qui il adorait s’enfermer de longues heures dans son bureau à discuter cinéma et des grands sujets de la vie.
« J’adorais Sembène parce qu’il aimait le travail bien fait », disait Thierno Ndiaye Doss lors d’un entretien que nous avions eu ensemble. Le plus beau rôle de sa carrière lui fut offert par Ousmane Sembène qui lui avait taillé un superbe costume sur mesure dans le rôle de Pierre Henri Thioune, homme intransigeant quant à ses convictions et ses principes de vie. Le long plaidoyer dénonçant l’aide alimentaire comme l’une des réponses au sous développement que prononçait Thierno Ndiaye Doss dans ce même Guelwaar, relevait de la performance d’acteur, non seulement par la maitrise du souffle mais cette rage et cette conviction qui poussaient le spectateur à lui faire une ovation. Ce rôle, comme il arrive souvent aux comédiens qui s’approprient un personnage, allait lui coller à la peau. Guelwaar lui a donné de la popularité. Il raconte, l’accueil qui lui était fait lors du tournage au Maroc du film de Frédéric Chignac, Le temps de la kermesse est terminée » : « Quand je suis descendu de l’avion un monde fou m’attendait. Je voyais les gens me pointer du doigt en criant : « Guelwaar est là, c’est lui ». J’étais agréablement surpris. Dans la foule, il y avait beaucoup de Sénégalais vivant au Maroc. Des gens, que je ne connaissais même pas. J’arrive à l’hôtel, je vois beaucoup de personnes qui m’y attendaient. Le réalisateur était ébahi. Il ne s’y attendait pas. C’est vrai que ça fait plaisir.
Cela m’est arrivé aussi à Ouagadougou, pour la seconde projection de Guelwaar au Burkina Faso. J’étais avec Ibrahima Sané et là aussi quand je suis arrivé à l’hôtel tout le monde disait : « Guelwaar est là ». J’étais surpris et Ousmane se tourne vers moi et me dit : « Je t’avais averti que tu aurais des problèmes avec Guelwaar. Tu l’as si bien réussi qu’il faut t’attendre à chaque fois à un accueil pareil ». C’est vrai cela m’est arrivé aussi à Namur en Belgique
« .

Malgré tout Thierno Ndiaye Doss ne voulait pas qu’on dise de lui qu’il est une star du grand et du petit écran. Il s’en explique : « Je n’aime pas le mot vedette. Je ne suis que comédien. J’ai choisi d’être comédien. C’est un métier dans lequel on apprend tout le temps. On apprend jusqu’à la mort, car on ne peut pas sonder toutes les potentialités du jeu d’acteur. J’ai fait beaucoup de films. J’ai fait plus d’une trentaine de longs métrages. J’ai travaillé avec presque tous les réalisateurs qui sont actuellement au Sénégal. Mais, je reste Thierno Ndiaye Doss, le comédien. »

Il regrettait malgré tout que dans les cinémas d’Afrique qu’on n’ait pas favorisé la création d’une star system. Sa conviction était que les réalisateurs prenaient la place des comédiens. Les vedettes se sont eux et pourtant c’est le comédien qui donne au film son existence. Au réalisateur de lui écrire de bons rôles qui amènent le comédien à atteindre les cimes de la gloire.

Dans la filmographie de Thierno Ndiaye Doss on peut retenir XalaCamp de Thiaroye (SEMBÈNE Ousmane et Thierno Faty SOW, 1987) où il est un Ancien Combattant ; Guelwaar (SEMBÈNE Ousmane, 1992) dans le rôle de Pierre Henri THIOUNE ‘Guelwaar’ ; Les Caprices d’un fleuve (Bernard GIRAUDEAU, 1996) où il joue Makouta ; Tableau ferraille (Moussa SÉNE Absa, 1998) Président ; Karmen Geï (Jo GAÏ Ramaka, 2001) Vieux Samba ; Petite lumière (Alain GOMIS, 2003) Père ; Ndeysaan ou Le Prix du Pardon (Mansour Sora WADE, 2001) ; L’Afrance (Alain GOMIS, 2001) Le père.

Il jouait le rôle d’un vieux tirailleur dans Le temps de la Kermesse est terminéavec Eriq Ebouaney (lieutenant Bator). Ce film est une sorte de huis clos qui souligne la relation complexe entre le Nord et le Sud, à travers des personnages candidats à l’émigration et un routard français qui échoue dans ce lieu. Film tourné à plus de 47° avec un vent qui soufflait régulièrement.

Comment travaillait Ndiaye Doss ?
Il explique : « Quand on me confie un rôle dans un film, c’est un défi que je tiens coûte que coûte à relever. Quand on m’a confié ce rôle, je me suis retranché à l’hôtel à Ouarzazate, je ne sortais presque pas. Je m’enfermais dans ma chambre pour essayer de pénétrer le personnage. C’est comme ça que j’ai appris à jouer ce rôle. »
La dernière prestation de Ndiaye Doss au grand écran date du film de Alain Gomis Aujourd’hui (2012).

 

AFRANCE (L’) 2001
Alain Gomis

AUJOURD’HUI (TEY) 2011
Alain Gomis

CAMP DE THIAROYE 1988
Ousmane Sembène, Thierno Faty Sow

CAPRICES D’UN FLEUVE (LES) 1995
Bernard Giraudeau

GUELWAAR 1992
Ousmane Sembène

KARMEN GEÏ 2001
Joseph Gaï Ramaka

PETITE LUMIÈRE 2003
Alain Gomis

PRIX DU PARDON (LE) | NDEYSAAN 2001
Mansour Sora Wade

TABLEAU FERRAILLE 1995
Moussa Sène Absa

TEMPS DE LA KERMESSE EST TERMINÉ (LE) 2009
Frédéric Chignac

XALA 1974
Ousmane Sembène

Baba Diop

 

 

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