XAAX, un cri de coeur pour la liberté d’expression.

  • « XAAX » un film de Ousmane Majha Sarr by ObeluS
    Synopsis:
    Martin, un journaliste chevronné, est irrité par les agissements des «tout-puissants». Il décide d’écrire un article sur l’ivresse du pouvoir, la liberté d’expression et la liberté de la presse. L’article fait écho. Martin se retrouve dans le viseur des «tout-puissants».
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    Ainsi resumé le dernier film du Réalisateur senegalais Ousmane Maja Sarr produit par Obelus film& Animation Studio. Aprés son premier film « Hui clos », l’auteur nous revient avec un deuxiéme produit dans un style assez different du premier. En effet, si Hui clos marque par son rythme assez lent, le realisateur de « Xaax » installe les cinéphiles sur un tout autre registre cette fois-ci.
    XAAX ou encore devrait-on dire « expectorer » en français est un film au titre evocateur, au contenu lourd, aux techniques filmiques originales.
    Le titre porte l’envers d’un décor qu’il faille soulever. XAAX n’est pas un denominatif ou encore un de ces substantifs à chercher dans les dédales d’un dictionnaire. C’est plutôt un anomatopée qui traduit un sentiment, le sentiment de quelque chose qui s’entr’cale dans le larynx et se refuse de sortir. Un noeud etourdissant qui vous passe à travers la gorge et que vous aimeriez denouer pour en sortir une substance, une matière. Le Réalisateur lui-même, lors de la première du film avait souligné le contexte d’ecriture et la genèse de l’idée… »Y avait quelque chose qui m’etouffait. Il fallait que je la fasse sortir dans un contexte senegalais où les citoyens etaient trop oprimés, les libertés bafouées, les moindres droits biaisés ».
    De quoi conforter l’idée d’un sous titre qui ressort en filigrane « Le tollé ». XAAX (expectorer » qui devrait normalement s’accompagner de « Tëf » (le geste pour faire ejecter loin de la bouche le tas de salive expectoré) prend un autresens avec le mot « Tollé » comme la psychologie de ce vieux journaliste qui subit à hue et à dia les affres d’un système trop regardant quant aux libertés.
    Le « Tëf » du XAAX sortira-t-il de la bouche de ses porteurs?
    Tout est allé si vite en six petites minutes pour degager hativement ue position.
    Toujours est-il que l’auteur du film connait bien le cadre spatio-temporel dans lequel baigne son film. La voix-off et l’utilisation intempestive de la Radio nous renseigne à bien des egards sur les influences exterieures qui innhibent le film d’une forte dose de réalisme. Le Réalisateur, journaliste de formation maitrise le cadre politico-social de son film. Lui même avait soutenu l’avoir ecrit en grande partie en periode pré-electorale dans un contexte où les droits et libertés etaient bafoués par ceux qui devaient en être les protecteurs.
    Ainsi, s’epancher sur le film revient à reconsiderer même une histoire: Martin, un vieux journaliste qui connait les rouages du metier s’etait terré quelque part pour savourer une réussite « dorée ». Ayant entendu que le pays est secoué, il décide d’ecrire un article pour denoncer ce qu’il considère comme la pire des bassesses.
    Le contexte le lui permettra-t-il?
    Un contexte qui a occasionné la mort du jeune et fougeux journaliste Georges tué pour avoir à bec et à ongle soutenu  » ÊTRE Journaliste à jamais… »quelqu’en soit le prix à payer.
    Pistolet braqué sur la nuque de Georges, le Réalisateur n’a pas voulu nous montrer cette scene terrible et sanglante. Il nous amène du coup à l’abattoir avec l’utilisation de la métaphore.
    Les données du puzzle sont maintenant simples : Georges tué (les boeufs accrochés) et un autre boeuf passe d’entre les barrières fatidiques (qui sera la prochaine victime des « Tout-puissants)?
    Martin?
    Le prochain n’est autre que Brahim Walis, ce jeune patron de presse tué pour avoir juste fait son boulot, celui de faire passer un article qu’il  » considère bon » pour ne pas rompre la chaine de publication. Helas ! Malgré les sages conseils d’un vieux journaliste et du jeune journaliste Bangoura qui l’avaient dissuadé sans succès, walis est tué d’une manière fort ennonciatrice : l’Article de Martin enfoncé dans sa bouche.
    On pourrait retrouver dans cette scene une sorte d’incident déclencheur dans un film où la trame est trop inversée.
    Martin decouvre et subit tout comme le spectateur la mort brutale du jeune DG.
    Commence alors une interminable descente aux enfers de celui qu’on pourrait considerer comme le ou l’un des protagonistes.
    L’utilisation de la voix-off renseigne que cette fois-ci l’étau se resserre sur Martin. Son article lui fait risquer la prison.
    Le film s’emballe alors, les plans se succèdent sur un rythme à couper le souffle.
    Martin commence alors une sorte de voyage dans les monts de la liberté où seule une matière va lui survivre : son ESPRIT.
    Les plans qui succèdent nous en informent. Martin (filmé de dos) surplombe la ville. Martin vibre (dans un raccord de mouvement) aux secousses du Train. Martin passe (dans un plan large) sous l’ancien palais de justice.
    Tout se passe sous le joug de Martin. La ville épouse les remous de Martin. Les hommes du capitaine Mbarick se mobilisent pour contrôler la situation. Martin regarde là Haut, le regard et le cri de l’epervier symbole de sa liberté le poursuivent. L’oiseau se fait descendre. Ça sent le Roussi pour le vieux journaliste!
    Une manifestation éclate partout. Des morts et des bléssés sont constatés. Un couvre-fou est décrété. Martin est « arrêté ».
    De sa cellule, il demande au gardien de la prison de lui prêter une feuille et un stylo. L’auteur fait ressortir une information pour nous préparer à la dernière scene du film.
     » On peut emprisonner une personne et non pas son ESPRIT ». Martin regarde le toit de sa cellule. Le raccord nous amène directement sur Martin qui marche sur les rails jusqu’à ce qu’il disparaisse.
    Ainsi, au delà de son aspect esthétique, XAAX nous renseigne sur une identité, un langage et un style cinématographique qui eclôrent.
    L’étalonnage et le mixage y sont de haute facture. Le montage du film a été un grand succès.
    Ce film produit par Obelus film & Animation Studio aprés Maty est le debut d’une longue serie de production sous le concept de « Cinema de Demain ». Il revèle encore la force du « Cinéma Zero budget » ou encore le « Cinéma de guerilla » qui jusque là sort des films de qualité qui vont encore faire parler.

[ MSD ]🎬

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