1 million d’entrées pour un film africain !? Un pass pour les cinémas africains ?

Depuis plusieurs mois déjà, je remarque avec mon activité (Cinewax) les mêmes problèmes pour la diffusion des films africains.

Le public n’a pas accès à l’information* ! C’est la première cause du manque de visibilité des films ou des événements sur ces cinémas (festival, cinéblubs…). Pourtant, les salles se remplissent toujours pour des films a priori “grand public”.

Du point de vue des distributeurs, et des organisateurs, nous faisons face aux mêmes obstacles : des moyens réduits pour la communication, une communication pas toujours proche de notre public, beaucoup d’énergie dépensée dans différentes approches qui ne sont pas forcément efficaces (tractage, affichage, relations presse, réseaux sociaux etc…).

Mais l’objectif est le même, promouvoir les films africains.

[J’avais dit que j’écrirai un article sur l’état des cinémas africains aujourd’hui, mais c’est très long, donc je préfère vous présenter ce projet !]

Les chiffres parlent *

Get Out — sorti le 3 mai 2017, a récolté 1 142 664 entrées en France

Les films “afro-américains” semblent avoir la côte. “Get out” a fait plus de 1 145 000 d’entrées, et “Black Panthers” fera sûrement mieux. Le public semble être à la recherche de cinéma qui lui ressemble, qui lui parle. Pourtant, le meilleur film africain n’a pas dépassé 380 000 entrées cette année (un film égyptien “Le Caire confidentiel”, un film “dit” du Maghreb).

Vous voulez voir le dernier film blockbuster de Nollywood au Gaumont, ou à Mk2? Cela ne sera pas possible aujourd’hui.

Le nombre d’entrées moyen pour une sortie de film d’Afrique “noire” est de 20 000. C’est très peu, à peine de quoi rentabiliser le film. Les salles aussi ne s’y retrouvent pas, et préfèrent programmer d’autres films à des horaires convenables (les soirées, et weekend qui réunissent le plus d’entrées).

A savoir : sur chaque ticket, la répartition des recettes est la suivante : 20% de taxes, 40% pour la salles, 40% pour le distributeur (le distributeur reverse ensuite une partie de sa part au producteur, etc…). Ainsi, lorsque vous payez pour un film, la part qui aura réellement pour le film est inférieure à 40% du prix !

En 2017, le film Félicité du réalisateur sénégalais Alain Gomis, qui a remporté plusieurs prix et nominations dans des festivals de film internationaux, a réussi à dépassé les 65 000 entrées, un record pour ce type de film. Bienvenue au Gondwana, avec un budget de 4 millions d’euros, a peiné à dépasser les 68 000 entrées. Dernier exemple : Wùlu, sorti en juin 2017, n’a fait que 8567 entrées sur toute la France !

Pourtant le Casting était prometteur, l’artiste Inna Modja, et Ibrahim Koma, qu’on ne présente plus. Mais que s’est-il passé?

Je rêve du jour où un film africain fera 1 142 000 d’entrées… et vous ?

Au-delà de l’aspect commercial, ces films sont de la même qualité, et ont le même potentiel, mais ils n’atteignent pas leur public. Bien sûr ce n’est pas une question que l’on peut régler en quelques lignes. Il y a beaucoup d’éléments qui entrent en jeu pour déterminer la réussite de la sortie d’un film (quels sont les autres films qui sortent à la même période? Y a-t-il des événements importants à cette période? Est-ce qu’il pleut ? Est-ce qu’il fait beau)… Autant vous dire que la fréquentation peut variée de 1 à 10 si un seul de ces éléments change. On retiendra quand même que le travail sur la communication est essentiel. Je suis certain que 100 000 personnes en France auraient pu aller voir Wulù.

Il est vrai que l’offre cinéma est immense, et que le public est par ailleurs submergé d’informations et d’invitations pour tout type d’événements culturels. C’est à qui aura le plus gros budget en communication. Le “petit” cinéma d’Afrique est donc “noyé” dans toute cette vague de notifications.

Qu’est-ce qui compte au final?

Comment fidéliser un public sur la durée? Comment s’assurer que les personnes qui connaissent les films africains ou qui veulent connaître ces films aient un moyen concret de voir les films et de les suivre. Qu’ils puissent savoir où trouver les films à tout moment et soutenir les associations qui les intéressent, et que ce ne soit plus une action du au hasard du fil d’actualité de facebook.

Combien de fois vous avez choisi un film sans trop d’envie ? Combien de fois vous avez été déçu de payer pour un film qu’on vous avait conseillé ? Mais ce n’est pas grave, c’est fait, c’est fait. Mais notre acte d’achat compte. Derrière le film, cela permet à toute une industrie de vivre. Parfois, en payant une simple place de cinéma, on participe au maintien d’une industrie qui va à l’encontre de nos valeurs ou des initiatives qu’on aimerait soutenir (ie l’industrie américaine qui écrase littéralement tous les autres types de film — mais qui permet de préfinancer des films français grâce au système CNC).

Et si vous pouviez changer cela, et que votre acte achat ait un véritable sens, tout en vous apportant le film que vous voulez vraiment voir ?

La solution ? Créer un Pass cinéma africain.

L’idée est donc de pouvoir développer un véritable public pour les cinémas d’Afrique, et lui proposer une offre culturelle réellement intéressante.

Nous avions déjà évoqué l’idée en décembre dernier sur la page Cinewax.

Ce pass permettrait à tous les utilisateurs de bénéficier de places réduites voire offertes, dans tous les cinémas pour les films africains. Cette première offre permettrait déjà d’attirer un public non connaisseur.

Juste une image pour concrétiser l’idée — ce visuel ne représente pas le pass final 🙂

En plus, le pass donnerait accès à tous les festivals de cinéma africains en la France, ainsi que les séances organisées par des associations, de type cinéclub. Si vous manquez la sortie du film, vous êtes sûr de pouvoir le voir un jour ou l’autre.

En dernier lieu, ajouter une ouverture “culturelle” à ce pass, et intégrer des marques et des projets en dehors du cinéma, qui concerne les cultures africaines.

On a souvent tendance à se focaliser sur “un” domaine dans la culture, mais en réalité, le public à une approche “ouverte”. Ce pass permettrait donc de découvrir un restaurant africain, ou de pouvoir faire une exposition d’art africain à prix réduit… les possibilités sont infinies.

Derrière tout ça, il n’y a pas que du cinéma.

Car si ce pass a été conçu pour soutenir les films africains, il permet indirectement de soutenir les acteurs de la chaîne. Les recettes des séances iront aux distributeurs des films, qui auront envie de promouvoir d’autres films africains à venir. Les salles seront encore plus accueillante pour ces oeuvres. Les festivals et organisateurs verront l’impact de leur engagement à travers leurs événements.

Ainsi, vous soutenez directement les organisateurs de séances, les réalisateurs et les équipes de tournages qui ont passés des mois à créer leur oeuvres pour vous, et qui méritent une diffusion appropriée.

Vous pouvez soutenir un film documentaire qui s’indigne contre les inégalités de travail au Congo, ou un film qui défend l’égalité des genre à travers le rite de la femme fontaine au Rwanda. Vous pouvez changer la perception de vos amis avec un film expérimental tourné au Sénégal.

En définitif, vous soutenez la diffusion de nouvelles visions de l’Afrique, à travers le cinéma, et par là même le changement des mentalités.

Voilà donc le fruit d’une réflexion de plusieurs mois (voire plusieurs années) sur la question.

Qu’en pensez-vous ? Seriez-vous intéressé par ce Pass? A quel prix ? Laissez vos commentaires !

*L’étude du public a été mené auprès du public Cinewax, et ouverte à des spectateurs qui ne nous connaissent pas.

Dans le cadre du projet de pass, je suis amené à étudier minutieusement les chiffres. N’hésitez pas à me faire remarquer une quelconque erreur.

Jean FALL

Cultural enterpreneur & tech lover. Founder of Cinewax and the platform Wax up.

I am promoting african cultures and find new ways to reinvent cultural business

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