CinePortrait | Qui était Aminata Fall ?

AMINATA FALL : De la gloire à l’oubli

Avec Diabou Seck, Aminata Fall, née le 29 janvier 1930 dans la première capitale sénégalaise, était l’une des plus grandes voix de la chanson à Saint-Louis. Bien des générations ont entonné ‘’kangforé dioudioum ya sa Sine, Aïda yayou Mbaye’’, imitant la voix grave et belle de la cantatrice saint-louisienne.

Hommage à Aminata Fall dite Garmi | Extrait du film « Le Franc » de Djibril Diop Mambety | Dakarcine.com

Une chanson qu’elle a interprétée avec l’ensemble lyrique traditionnel du Théâtre national Daniel Sorano. En effet, comme Diabou Seck la Saint-Louisienne, Aminata Fall était aussi pensionnaire de Sorano. Elle l’a intégré après avoir passé 8 ans au Star jazz de Saint-Louis dont le lead vocal était Papa Samba Diop dit Mba. Avec ce groupe, elle composera deux chansons dont une en l’honneur de sa mère et intitulée ‘’Yaye Boye’’.

‘’ Elle est venue au théâtre et y est restée. On avait trouvé chez elle tout ce qu’on cherchait. Elle dansait, chantait et faisait du théâtre’’, se rappelle d’ailleurs la comédienne Isseu Niang dans le film documentaire que Moussa Sène Absa a consacré à Aminata Fall. Ainsi, celle que ses proches appelaient affectueusement Garmi était une artiste complète. Elle a tenu divers rôles au cinéma. Elle a joué en premier dans le long métrage de Djibril Diop Mambéty ‘’Touki Bouki’’. Les cinéphiles l’ont découverte avec sa voix grave dans le rôle de Magoné Ndiaye. C’était en 1973. Elle enchaînera après les rôles notamment dans les productions de Mambéty.

Artiste aux talents multiples, Aminata Fall ne se fixait pas de limites dans son art. Elle est la première jazzwoman sénégalaise. Elle n’a pas eu peur d’explorer des genres musicaux différents de la musique traditionnelle ou encore de la salsa qui avaient le vent en poupe à l’époque. Ainsi, elle a osé s’essayer au jazz.

Non pas seulement parce qu’elle se sentait capable de le faire mais aussi et surtout à cause des influences musicales qu’elle a reçues. Enfant, Aminata Fall vendait des cacahuètes devant l’une des salles de cinéma de Saint-Louis. Elle entendait alors souvent des chaînes stéréo s’échapper des notes de chanson de Mahalia Jackson ou encore Tino Rossi. ‘’J’ai commencé à mimer et j’ai tenté de chanter ces titres venus d’ailleurs et que j’aimais beaucoup’’, informe-t-elle dans le film qui lui est consacré.

Des influences qui se ressentent jusque dans sa manière de chanter. Car beaucoup de journalistes jadis l’avaient surnommé Mahalia Jackson. Et jusqu’à sa mort, le 24 novembre 2002, on l’appelait ainsi. Ces qualités de chanteuse hors pair n’ont pas seulement étaient loués ici. Aux USA, lors de ses tournées internationales, Garmi étonnaient toujours les Américains qui ne croyaient pas qu’une Sénégalaise puisse ainsi chanter. Elle a aussi eu à éblouir le public de la première édition du festival des arts nègres initiée par Léopold Sédar Senghor. Ce fut pareil au festival de jazz de 1994 ainsi que celui de 1998. C’est pour cela d’ailleurs qu’en 2013, le comité d’organisation de cette rencontre annuelle du jazz a tenu à lui rendre hommage.

Retraitée de Sorano dans les années 1990, Aminata Fall continue quand même à chanter et s’établit à son propre compte. Elle sortira un seul et unique album. Ce que certains trouvent aberrant pour une artiste de sa dimension. ‘’Aminata Fall n’a pas été assez aidée. Elle devait avoir plus d’un album sur le marché mais elle n’a pas été soutenue’’, s’est désolée Isseu Niang dans ‘’blues d’une diva’’.

De plus, dans le film de Moussa Sène Absa, l’on découvre une Aminata Fall qui avait perdu de sa superbe car gagnée par la maladie. Elle restait, malgré les difficultés qu’elle rencontrait, taquine, coquette et surtout pleine de vie.

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